Eugénie APROSIO (1876~1945)

dite « Nini »

« Toi qui es le plus jeune d’entre nous, tu reprendras le combat. Tu nous vengeras »

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Eugénie APROSIO dit « Nini »

Militante antifasciste d’avant la guerre, Eugénie APROSIO s’engagea dans la Résistance au cours de la première année d’occupation, alors qu’elle était âgée de 63 ans.
Sa petite blanchisserie du 62 avenue Georges Clémenceau, à Nice, servait de  » boîte aux lettres « . Son activité fut décelée par la police pétainiste. Le 21 novembre 1941, les inspecteurs venus l’arrêter organisèrent une  » souricière  » dans l’arrière-boutique du magasin dans l’espoir d’arrêter d’autres résistants. Faisant preuve de beaucoup de courage et de sang-froid, Nini épingla sur sa poitrine un billet :  » La police chez moi « , avertissant ainsi plusieurs de ses camarades et les sauvant de l’arrestation. Son comportement au procès fut exemplaire et digne.
Nous fûmes jugés par la Section spéciale du Tribunal militaire, les 14, 15 et 16 janvier 1942. Certains d’entre nous furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, d’autres à 20 ans. Nini fut condamnée à 3 ans de réclusion. Au cours de la dernière audience du procès, alors que le verdict était rendu, j’ai pu une dernière fois embrasser Nini, malgré les gardiens qui tiraient sur nos chaînes. Ses paroles sont présentes à ma mémoire :  » Toi qui es le plus jeune d’entre nous, tu reprendras le combat. Tu nous vengeras. Il ne faut pas laisser ces crimes et ces trahisons impunis. Tu diras comment nous avons été jugés et par qui « .
Lorsqu’on nous sépara dans les couloirs cellulaires du fort, nous chantâmes  » La Marseillaise « . Les femmes, Nini, Rosette Charles et d’autres furent dirigées vers la prison des Beaumettes. Nini fut déplacée de prison en prison puis déportée. J’ai appris des années plus tard son comportement exemplaire et sa mort dans la chambre à gaz du camp de Ravensbruck, en février 1945, quelques mois avant la fin de la guerre.

Témoignage de Pierre DOLLA